Ode à la Musique

F. Martin

Et Musique est une science

Qui veut qu'on rie et chante et danse.

Cure n'a de mélancolie

Ni d'homme qui mélancolie

À chose qui ne peut valoir,

Ains met tels gens en non chaloir.

Partout où elle est joie y porte,

Les déconfortés réconforte

Et n'est seulement de l'ouïr,

Fait-elle les gens réjouir.

N'instrument n'en a tout le monde

Qui sur musique ne se fonde,

Ni qui ait souffle ou touche ou corde

Qui par musique ne s'accorde.

Tous ses faits plus à point mesure

Que ne fait nulle autre mesure.

Elle fait toutes les caroles,

Par bourgs, par cités, par écoles,

Où l'on fait l'office divin

Qui est fait de pain et de vin.

Peut-on penser chose plus digne

Ni faire plus gracieux signe

Com d'exhausser Dieu et sa gloire,

Louer, servir, aimer et croire,

Et sa douce mère en chantant

Qui de grâce et de bien a tant

Que le ciel et toute la terre

Et quanque les mondes enserrent,

Grands, petits, moyens et menus,

En sont gardés et soutenus.

J'ai ouï dire que les anges,

Les saints, les saintes, les archanges,

De voix délie, saine et claire

Louent en chantant Dieu le père

Pour ce qu'en gloire les a mis

Com justes et parfaits amis,

Et pour ç'aussi que de sa grâce

Le voient adès face à face.

Gloria.

Or ne peuvent les saints chanter

Qu'il n'ait musique en leur chanter:

Donc est Musique en paradis.

David, le prophète, jadis

Quand il voulait apaiser l'ire

De Dieu, il accordait sa lire

Dont il harpait si proprement

Et chantait si dévotement

Hymnes, psautiers et oraisons

Ainsi comme nous le lisons,

Que sa harpe à Dieu tant plaisait

Et son chant qu'il se rapaisait.

Orpheüs mit hors Eurydice

D'enfer, La cointe, la faitice,

Par sa harpe et par son doux chant.

Ce poète dont je vous chant

Harpait si très joliement

Et si chantait si doucement

Que les grands arbres s'abaissaient

Et les rivières retournaient

Pour li ouïr et écouter,

Si qu'on doit croire sans douter

Que ce sont miracles apertes

Que Musique fait. C'est voir, certes.