Je suis plus aisé que les Dieux
F. Regnard
Je suis plus aise en mon cœur que les Dieux
Quand maugré toi tu me baises, Maistresse;
De ton baiser la douceur larronnesse
Tout esperdu m'en-vole jusqu'aux cieux.
Quant est de moy, j'estime beaucoup mieux
Ton seul baiser que si quelque deesse,
En cent façons doucement tenteresse,
M'accoloit nud d'un bras delicieux.
Il est bien vrai que tu as de coustume
D'entremesler tes baisers d'amertume,
Les donnants courts. Mais quoi? Je ne pourrois
Vivre autrement: car mon ame, qui touche
Tant de beautez, s'enfuyroit par ma bouche,
Et de trop d'aise en ton sein je mourrois.