Les deux Mulets
F. Thomé
Deux Mulets cheminoient; l'un d'avoine chargé:
L'autre portant l'argent de la Gabelle.
Celuy-cy glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en estre soulagé.
Il marchoit d'un pas relevé,
Et faisoit sonner sa sonnette:
Quand l'ennemi se presentant,
Comme il en vouloit à l'argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein, & l'arreste.
Le Mulet en se défendant,
Se sent percer de coups, il gemit, il soûpire.
Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avoit promis?
Ce Mulet qui me suit, du danger se retire,
Et moy j'y tombe, & je peris.
Ami, luy dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut Employ.
Si tu n'avois servi qu'un Meusnier, comme moy,
Tu ne serois pas si malade.