Villanelle

Fabert Mayer

Rozette, pour un peu d'absence

Votre cœur vous avez changé;

Et moi, sachant cette inconstance,

Le mien autre part j'ai rangé.

Jamais plus beauté si légère

Sur moi tant de pouvoir n'aura.

Nous verrons, volage bergère,

Qui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume.

Maudissant cet éloignement,

Vous, qui n'aimez que par coutume.

Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette

Au vent sitôt ne se vira.

Nous verrons, bergère Rozette,

Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,

Tant de pleurs versés en partant?

Est-il vrai que ces tristes plaintes

Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux, que vous êtes mensongère.

Maudit soit qui plus vous croira!

Nous verrons, volage bergère,

Qui premier s'en repentira.

Celui qui a gagné ma place

Ne vous peut aimer tant que moi,

Et celle que j'aime vous passe

De beauté, d'amour et de foi.

Gardez bien votre amitié neuve;

La mienne plus ne variera;

Et puis nous verrons à l'éprouve

Que premier s'en repentira.