Dans la forêt de Septembre
Fauré
Ramure aux rumeurs amollies,
Troncs sonores que l'âge creuse,
L'antique forêt douloureuse
S'accorde à nos mélancolies.
Ô sapins agriffés au gouffre,
Nids déserts des
branches brisées,
Halliers brûlés, fleurs sans rosées,
Vous savez bien comme l'on souffre !
Et lorsque l'homme, passant blême,
Pleure dans le bois solitaire,
Des plaintes d'ombre et de mystère
L'accueillent en pleurant de même.
Bonne forêt ! promesse ouverte
De l'exil que la vie implore !
Je viens d'un pas vivace
encore
Dans ta profondeur encor verte,
Mais, d'un fin bouleau de la sente,
Une feuille, un peu rousse, frôle
Ma tête, et tremble à mon épaule ;
C'est que la forêt vieillissante,
Sachant l'hiver, où tout avorte,
Déjà proche en moi comme en elle,
Me fait l'aumône fraternelle
De sa première feuille morte.