Dans les ruines d'une abbaye

Fauré

Seuls, tous deux, ravis, chantants,

Comme on s'aime;

Comme on cueille le printemps

Que Dieu sème.

Quels rires étincelants

Dans ces ombres,

Pleines jadis

de fronts blancs,

De coeurs sombres.

On est tout frais mariés,

On s'envoie

Les charmants cris variés

De la joie!

Purs ébas

mèlés

Au vent qui frissonne.

Gaîté que le noir couvent

Assaisonne.

On effeuille des jasmins

Sur la pierre.

Où l'abbesse joint les mains,

En prière.

Les tombeaux, de croix marqués,

Font partie

De ces jeux, un peu piqués

Par l'ortie.

On se cherche, on se poursuit,

On sent croître

Ton aube, Amour, dans la nuit

Du vieux cloître.

On s'en va se becquetant,

On s'adôre,

On s'embrasse à chaque instant,

Puis encore,

Sous les piliers, les arceaux,

Et les marbres,

C'est l'histoire des oiseaux

Dans les arbres.