Le don silencieux

Fauré

Je mettrai mes deux mains sur ma bouche, pour taire

Ce que je voudrais tant vous dire, âme bien chère!

Je mettrai mes deux mains sur mes yeux, pour cacher

Ce que je voudrais tant que pourtant vous cherchiez.

Je mettrai mes deux mains sur mon coeur, chère vie,

Pour que vous ignoriez de quel coeur je vous prie!

Et puis je les mettrai doucement dans vos mains,

Ces deux mains-ci qui meurent d'un fatigant chagrin!...

Elles iront à vous, pleines de leur faiblesse,

Toutes silencieuses et même sans caresse,

Lasses d'avoir porté tout le poids d'un secret

Dont ma bouche, et mes yeux et mon front parleraient.

Elles iront à vous, légères d’ être vides,

Et lourdes d’ être tristes, tristes d’ être timides;

Malheureuses et douces et si découragées

Que peut-être, mon Dieu, vous les recueillerez!...