Pleurs d'or

Fauré, Gabriel

Larmes aux fleurs suspendues,

Larmes de sources perdues

Aux mousses des rochers creux ;

Larmes d'automne épandues,

Larmes de cors

entendues

Dans les grands bois douloureux ;

Larmes des cloches latines,

Carmélites, Feuillantines...

Voix des beffrois en ferveur ;

Larmes, chansons argentines

Dans les vasques florentines

Au fond du jardin rêveur ;

Larmes des nuits étoilées,

Larmes de

flûtes voilées

Au bleu du parc endormi ;

Larmes aux longs

cils perlées,

Larmes d'amante coulées

Jusqu'a l'âme de l'ami ;

Gouttes

d'extase, éplorement délicieux,

Tombez des nuits ! Tombez des fleurs ! Tombez des

yeux !

Et toi, mon cœur, sois le doux fleuve harmonieux,

Qui, riche du trésor tari des urnes vides,

Roule un grand rêve triste aux mers des soirs languides.