Soir

Fauré, Gabriel

Voici que les jardins de la nuit vont fleurir.

Les lignes, les couleurs, les sons deviennent vagues.

Vois, le dernier rayon agonise à tes bagues.

Ma sœur, entends-tu pas quelque chose mourir?

Mets sur mon front tes mains fraîches comme une eau pure,

Mets sur mes yeux tes mains douces comme des fleurs;

Et que mon âme, où vit le goût secret des pleurs,

Soit comme un lys fidèle et pâle à ta ceinture.

C'est la pitié qui pose ainsi son doigt sur nous;

Et tout ce que la terre a de soupirs qui montent,

Il semble qu'à mon cœur enivré le racontent

Tes yeux levés au ciel, si tristes et si doux.