En hamac

Francesco Paolo Tosti

J'entends tomber des branches

Sur mon front un murmure voilé,

Déjà de teintes blanches

L'aube éclaire un segmente étoilé;

Un sylphe, sur la grève,

Me poursuit de regards anxieux,

Et comme dans un rêve,

Au loin j'entends un chant pur et mystérieux.

"Viens, femme blonde,

La mer profonde

Cache un amour délicieux!"

De l'arbre qui se penche

Le parfum a passé sur mon front,

Et dans la teinte blanche

La clarté de la lune se fond;

Dans une douce extase

J'ai senti, frissonnante d'émoi,

Sous mon voile de gaze,

Un haleine de feu qui se pose sur moi.

Déjà les flots d'opale

Ont frémi - tout est silencieux.

Puis l'aube triste et pâle

A chassé les étoiles des cieux.

Le sylphe de la grève

N'est plus rien qu'un fantôme effacé,

Et comme après un rêve,

Au loin j'entends encore un sanglot cadencé.

"O Vierge rose!

A la nuit close

Songe parfois au coeur blessé!"

Les branches parfumées

On vibré sous l'haleine du vent,

Des flèches enflammées

Ont rayé le ciel rouge au levant;

Sur ma prison fleurie

Est tombé le manteau d'or du jour:

Adieu ma rêverie,

Adieu bonheur perdu d'un beau songe d'amour!