J'ai rêvé

(François-Clément) Théodore Dubois

J'ai rêvé que mon cœur était, comme jadis,

Une source d'eaux vives;

Et lui, l'oiseau de paradis

Qui chantait sur ses rives.

J'ai rêvé que mon œil était un pur rayon

De l'aube printanière;

Et lui, le léger papillon

Volant dans sa lumière.

Ah! j'ai rêvé que mon corps était inanimé,

Plus froid, plus blanc que neige;

Et lui, le linceul bien fermé

Qui le couvre et protège.

J'ai rêvé que ma lèvre était, aux jours heureux,

Une grenade éclose;

Et lui le zéphyr amoureux,

Qui sur elle se pose.

J'ai rêvé que mon sein était une oasis

De déserts entourée;

Et lui le voyageur assis

A son ombre dorée.

Ah! j'ai rêvé que mon âme errait seule au milieu

Des ombres éternelles;

Et que lui, mon ange, vers Dieu

L'emportait sur ses ailes!