Regrets

G. Alary

Je la vois encor, toute en crépon et satin,

Sous son ciel espagnol où volaient des arondes,

Dans le sourire jeune et rose du matin.

Sa mantille flottant sur elle en brumes blondes,

Un rosaire dans ses doigts fins gantés de blanc,

Elle arrêta sur moi ses prunelles profondes.

Mais je ne suivis pas le châleureux élan

Qui soulevait mon âme enivrée et ravie,

Et je me détournai sous le regard troublant

De celle qui m'offrait sa jeunesse et sa vie.

Oh! combien ce passé lointain, mort désormais,

M'attriste et me remplit de regrets et d'envie!

Hélas! elle passa, la seule que j'aimais,

Tandis que j'étouffais les cris de ma tendresse,

Et qu'ensevelis dans mon cœur à tout jamais,

Mon secret douloureux sanglotait sa détresse!

A-t-elle su qu'elle est mon seul rêve toujourts,

Que son nom pour ma lèvre est comme une caresse,

Que son image encor rayonne sur mes jours;

Et que depuis, afin de lui rester fidèle,

J'ai refusé tous les bonheurs, tous les amours,

Tous les amours, tous les bonheurs, pour l'amour d'Elle?