La jeune fille et le page

G. Concone

La jeune fille:

Dans cet asile

calme et tranquille

se plait mon cœur.

L'indifférence

et l'innocence

font le bonheur.

Le cor bruyant résonne dans ces bois.

Du prince et des chasseurs évitons le passage.

Quel est ce cavalier que là-bas j'apercois?

Il approche... ah! c'est un joli page!

Le page:

Charmante nymphe du bocage,

pardonne à ma témérité:

Sans t'offenser recois l'hommage

que je dois rendre à ta beauté!

A cette source murmurante

j'allais puiser douce fraicheur;

de tes beaux yeux flamme puissante

me verse encor nouvelle ardeur.

La jeune fille:

Peut-être bien que ce langage

doit plaire aux dames de la cour;

la jeune fille de village

veut qu'on lui parle sans détour.

Buvez en paix cette onde pure

que Dieu prepare au voyageur;

mes yeux n'ont pas, je vous le jure,

un tel pouvoir sur votre cœur.

Le page:

Que d'innocence!

Plein d'espérance

je sens d'avance

battre mon cœur.

La jeune fille:

Pour me surprendre

sa voix si tendre

ma fait entendre

discours flatteur.

Le page:

Je t'en supplie,

sois mon amie

et de ma vie

fais le bonheur!

La jeune fille:

Mais quel dommage

que du beau page

le doux langage

soit si menteur!

La jeune fille:

Entendez-vous?

Le page:

Hélas! déjà partir!

La jeune fille:

Il faut nous séparer.

Le page:

Pour bientôt revenir!

Ensemble:

Adieu!

La jeune fille:

Rien qu'à l'entendre

cette voix tendre

pourrait surprendre

mon faible cœur.

Le page:

Que d'innocence!

Plein d'espérance

je sens d'avance

battre mon cœur.

La jeune fille:

Mais quel dommage

si du beau page

le doux langage

était menteur!

Le page:

Malgré toi mème

seul bien que j'aime

j'ai foi suprème

dans mon bonheur!

Ensemble:

A la chapelle,

cloche fidèle,

déjà m'(t')appelle

auprès de Dieu.

La jeune fille:

Beau page, adieu!

Le page

Je pars... adieu!