Robert et Lucy

G. Dugazon

Lucy, Lucy, ne sois pas inflexible,

C'est moi, Robert, dirai-je ton amant?

A mon amour si ton cœur fut sensible,

Prends aujourd'hui pitié de mon tourment.

De cette foi, qui dut être éternelle,

De tes sermens il ne te souvient pas:

Tu me trompais; je te serai fidèle:

Tu m'as quitté; je m'attache à tes pas.

À l'horizon, sous la vague écumeuse,

La lune éteint son disque pâlissant.

Ainsi, je meurs et ma voix douloureuse

T'adresse à peine un soupir languissant!

Le vent du nord attriste ce rivage,

Le flot blanchit sous un ciel en fureur;

Mais l'aquilon, les frimas et l'orage

Sont moins glacés, moins cruels que ton cœur!

Trompeurs amis! toi plus perfide amante,

Goûtez en paix les biens que j'ai perdus!

Adieu vous dis, adieu! ma voix mourante,

Mes vains regrets ne vous troubleront plus...

Lucy tremblante entend cette prière,

Ouvre sa porte, approche en frémissant,

Voit son ami couché sur la poussière,

Et de douleur expire en l'ambrassant.