Chanson des "six petits oiseaux"

G. Dupont

Sont partis six petits oiseaux,

(Pleurez, les champs, les bois et les eaux!)

Pour faire quoi? L'amour? La guerre?

Je ne sais trop, je ne sais guère.

Ce que je sais, les chers petits,

C'est que, depuis qu'ils sont partis,

Ils ne reviennent guère.

Les deux premiers chantaient des chants,

(Pleurez, les eaux, les bois et les champs!)

Comme rossignols au bocage.

Dans mon cœur ils étaient en cage.

Ils en sont sortis... Mais par où?

Qui diable a bien pu faire un trou

Aux barreaux de la cage?

Les deux seconds, à haute voix,

(Pleurez, les eaux, les champs et les bois!)

De musique toujours nouvelle

Emplissaient gaîment ma cervelle.

Ils l'ont quittée, et me voilà

Avec le vent au triste "la"

Qui geint dans ma cervelle.

Les deux derniers, par les roseaux,

(Pleurez, les champs, les bois et les eaux!)

Où va la barque de mes rêves,

Flûtaient comme, au-dessus des grèves,

Flûtent les courlis dans le soir;

Et, sans eux, ma barque au musoir

S'envase loin des grèves.

Il était six oiseaux méchants,

(Pleurez, les eaux, les bois et les champs!)

Qu'à tous les échos je réclame;

Car leur départ m'a vidé l'âme.

Si vous les voyez, dites leur,

Que j'en ai grand' paine et douleur,

La mort dans l'âme.

Hélas! tes six jolis oiseaux,

(Pleurez, les champs, les bois et les eaux!)

Fais de ton cœur leur reliquaire.

Ils sont loin, ils n'entendent guère

Ton regret aux cris superflus...

Ils ne reviendront guère plus,

Ils ne reviendront guère...