Silence !

G. Enescu

Le silence descend en nous,

Tes yeux mi-voilés sont plus doux;

Laisse mon coeur sur tes genoux.

Sous ta chevelure épandue

De ta robe un peu descendue

Sort une blanche épaule nue.

La parole a des notes d'or;

Le silence est plus doux encor,

Quand les coeurs sont pleins jusqu'au bord.

Il est des soirs d'amour subtil,

Des soirs où l'âme, semble-t-il,

Ne tient qu'à peine par un fil...

Il est des heures d'agonie

Où l'on rêve la mort bénie

Au long d'une étreinte infinie.

La lampe douce se consume;

L'âme des roses nous parfume.

Le Temps bat sa petite enclume.

Oh! s'en aller sans nul retour,

Oh! s'en aller avant le jour,

Les mains toutes pleines d'amour!

Oh! s'en aller sans violence,

S'évanouir sans qu'on y pense

D'une suprême défaillance...

Silence!... Silence!... Silence!...