Le Lazzarone
G. Ferrari
Foule barbare et fanfaronne,
Mornes enfants des pays froids,
Vous méprisez le lazzarone,
Esclave accroupi sous ses rois.
Puisque c'est moi qui suis l'esclave,
Montrez-moi ce que vous bravez!
A vous la boue, à moi la lave.
Couchez-vous donc sur vos pavés!
Vous craignez l'eau qui vous enrhume,
Le vent, le ciel, la neige et l'air...
A moi l'azur, à vous la brume.
Marchez donc pieds nus en hiver!
Toutes les nuits sous les étoiles
Dormez d'un calme et chaud sommeil,
Frileux qui devez dans vos poêles
Vous-mêmes vous faire un soleil.
Si vraiment gouverne et domine
Chez vous ce grand peuple ouvrier,
Qui sans pain souffre en la famine
Et sans feu gèle en février;
S'il est roi, celui qui travaille
Jour et nuit, torturant son corps
Pour mourir de faim sur la paille...
Je suis donc un dieu, moi qui dors!...
Plus grand que vous, l'esclave immonde
A le droit de vivre en plein air
Et d'aller jusqu'au bout du monde
En lançant sa barque à la mer.