Les pavots

G. Lekeu

Lorsque vient le soir de la vie,

Le printemps attriste le cœur:

De sa corbeille épanouie

Il s'exhale un parfum moqueur.

De toutes ces fleurs qu'il étale,

Dont l'amour ouvre le pétale,

Dont les prés éblouissent l'œil,

Hélas! il suffit que l'on cueille

De quoi parfumer d'une feuille

L'oreiller du lit d'un cercueil.

Cueillez-moi ce pavot sauvage

Qui croît à l'ombre de ces blés:

On dit qu'il en coule un breuvage

Qui ferme les yeux accablés.

J'ai trop veillé; mon âme est lasse

De ces rêves qu'un rêve chasse.

Que me veux-tu, printemps vermeil?

Loin de moi ces lis et ces roses!

Que faut-il aux paupières closes?

La fleur qui garde le sommeil!