Puis que ma dolour agrée

G. Machaut

Puis que ma dolour agrée

A la de bonne heure née,

Qui par droit est apelée

Des dames la flour,

Certes, noble destinée

M'avint l'eure et la journée,

Qu'en mon cuer fu engendrée

Si douce dolour.

Si ne plein pas mon labour,

Car ce me samble douçour

Fine et esmerée,

Quant son gracieus atour

Et sa biauté, que j'aour

Par douce pensée,

Et sa face coulourée,

De toute biauté parée,

De douçour enluminée,

Remir en destour,

Sa bonté pure, affinée,

Sa maniere asseürée

Et ce qu'elle est coronnée

De toute valour.

Puis que.

Si sens meint plaisant estour,

Quant sa biauté que j'aour

Ainsi remirée

Est en mon cuer par savour,

Dont en moy parfaite amour

Est enracinée.

S'en yert servie, lo&eacute,

Creinte, cel&eacute, honnourée

Et parfaitement amée

De moy sans folour,

En esperant qu'arousée

Soit de la douce rousée

De merci la desirée

M'amoureuse ardour.

Puis que ma dolour agrée.

Mais Desirs, qui nuit et jour

M'assaut, l'a par sa vigour

Si fort embrasée

Que tainte en est ma coulour,

Ét ma joie en est menour,

Quant tant a durée.

Mais tant est bien doctrinée,

Douce, humble, simple, senée,

Plaisant, loyal et secrée

Ma dame d'onnour

Qu'en li veoir iert doublée

Ma joie et m'ardeur finée

Et ce fois guerredonnée

Toute ma tristour.

Puis que ma dolour agrée

A la de bonne heure née,

Qui par droit est apelée

Des dames la flour,

Certes, noble destinée

M'avint l'eure et la journée,

Qu'en mon cuer fu engendrée

Si douce dolour.