Il faut aimer
G. Marty
Vous, qui de l'amoureuse ivresse
Fuyez la loi,
Approchez-vous, belle jeunesse;
Écoutez-moi.
Votre cœur a beau se défendre
De s'enflammer,
Le moment vient; il faut se rendre;
Il faut aimer.
Hier au bois ma chère Annette
Prenait le frais;
Elle chantait sur sa musette:
« N'aimons jamais. »
M'approchant alors par derrière,
Sans me nommer,
Je dis: « Vous vous trompez, ma chère,
» Il faut aimer. »
En rougissant, la pastourelle
Me répondit:
« D'amour la flèche est bien cruelle;
» On me l'a dit.
» A treize ans le cœur est trop tendre
» Pour s'enflammer;
» C'est à vingt ans qu'il faut attendre
» Pour mieux aimer. »
Lors je lui dis: « La beauté passe
» Comme une fleur;
» Un souffle bien souvent l'efface
» Dans sa fraîcheur;
» Rien ne peut, quand elle est flétrie,
» La ranimer:
» C'est quand on est jeune et jolie
» Qu'il faut aimer.
» Belle amie, à si douce atteinte
» Cédez un peu;
» Cet amour, dont vous avez crainte,
» N'est rien qu'un jeu. »
Annette soupire et commence
A s'alarmer;
Mais ses yeux m'avaient dit d'avance:
« Il faut aimer. »
L'air était frais, l'instant propice,
Le bois touffu.
Annette fuit; le pied lui glisse;
Tout est perdu.
L'amour, la couvrant de son aile,
Sut l'animer.
« Hélas! je vois trop, » me dit-elle,
» Qu'il faut aimer. »
Les oiseaux, témoins de l'affaire,
Se baisaient mieux;
L'onde, plus tard qu'à l'ordinaire,
Quittait ces lieux.
Les roses s'empressaient d'éclore
Pour embaumer;
Et l'Écho répétait encore:
« Il faut aimer. »