La chanson du maître Floh

Meyerbeer, Giacomo

Un jour qu'on faisait vendange,

La cruche de maître Floh

Se gorgea de vin nouveau,

Et sur le soir, chose étrange,

Fut ivre comme un bedeau.

Alors elle se remue,

Et d'un pas lent et peu sûr,

Saute et va battant le mur,

Et s'échauffe, et court et sue

D'amples gouttes de vin pur.

Elle rit, et tourne et danse,

Fait tant d'éclat et de bruit

Que, sur la fin de la nuit,

Voilà que sa grosse panse

Est trouée, et qu'elle fuit.

Maître Floh pourtant arrive,

Se signe et dit un

Pater

Pour sauver son vin d'hier,

Qu'en son ivresse lascive

La cruche emporte dans l'air.

Ensuite, pour que nul n'entre,

Il ferme la porte à clé;

Et, prenant le pot fêlé,

Il engloutit dans son ventre

Le vin rouge encor troublé,

En s'écriant: « Sur ma tête,

Amis, voilà le seul pot

Qui ne soit pas en défaut,

Et la seule cruche faite

Pour garder le vin nouveau. »