La dame invisible

Meyerbeer, Giacomo

LA DAME

Doux passant, dis-moi qui t'amène,

Lorsqu'à peine blanchit le jour incertain,

Sur ce banc où ta main dépose

Une rose toute humide de chaque matin.

À travers l'étroite fenêtre

Ne penètre que le jour discret,

Tu le vois.

Quel est le charme qui t'arrête,

Ô doux passant, réveur ou poète,

Quel est le charme qui t'arrête?

LE PASSANT

C'est ta voix!

LA DAME

Tu ne connais pas mon visage,

Sois plus sage que tant de jeunes imprudents,

Crains ce qui ment, laisse les faire

Et préfère aux belles voix les belles dents.

Sais tu si je ressemble aux songes

Doux mensonges, dont te berce un démon

Moqueur

Et qui t'a dit qu'en levant le voile

J'avais l'oeil divin d'une étoile?

LE PASSANT

C'est mon coeur!

LA DAME

Va, crois en ton coeur, je suis belle,

Je suis celle dont le rossignol enchanté

A dit c'est la rose vermeille,

Et l'abeille, c'est le lys des jardins d'été.

Mais l'abeille s'envole et passe,

Mais l'espace ouvre à l'oiseau muraille

Et tour.

Toi qui te prêtera leurs ailes,

As-tu des talismans fidèles?

LE PASSANT

J'ai l'amour!