La fille de l'air

Meyerbeer, Giacomo

Ma vie est faite de songes,

inconnus dans vos cités,

j'aime mieux leurs doux mensonges

que vos tristes vérités.

Par mes aîles soutenue

je n'habite que la nue,

la terre m'est peu connue,

un Dieu garde mon sommeil.

Toujours sereine et contente

je m'endors sous une tente,

qui se déploie éclatante

comme un trône de vermeil.

Du haut du ciel solitaire

à l'aurore de mes ans,

j'ai pris en dédain la terre,

où tous vos pas sont pesants.

Oh! comme on est bien loin d'elle,

je poursuis à tire d'ailes,

l'alouette et l'hirondelle,

aussi loin que je le veux:

quand la nuit couvre le globe

aux étoiles je dérobe

des franges d'or pour ma robe,

des rubis pour mes cheveux.

Souvent d'une aile timide

je m'abats sur les roseaux,

tout près d'une grotte humide,

où dorment des fraîches eaux.

Le doux bruit de la fontaine

à mon oreille incertaine

couvre la clameur lointaine,

de vos palais soucieux,

et par mes lèvres rasées

votre campagne embrasée

boit la divine rosée

que je lui porte des cieux.