Rachel à Nephtali
Meyerbeer, Giacomo
Quoi, Nephtali, quoi, tu m'aimais?
Ta bouche enfin trahit ta flamme.
Ah! tu devais m'ouvrir ton âme,
Un an plus tôt, ou bien jamais.
Ton frère, hélas! tu vois sa femme,
Il a ma main et j'ai son coeur.
Pitié, pitié, je suis ta soeur.
Sous les palmiers non loin de Tyre
Pourquoi m'as-tu sauvé la vie?
Je n'irais point d'effroi suivie
Entre ses bras rougir, mentir.
J'aurais sans crainte au ciel ravie,
Crié ton nom vers le Seigneur,
Malheur, malheur, hélas, je suis ta soeur.
Le Dieu jaloux a l'oeil sur toi,
C'est au Dieu fort à nous défendre,
Il veut lui seul se faire entendre,
Cache tes pleurs, c'est trop, épargne-moi!
Tes yeux si doux, ta voix si tendre,
O Nephtali, tout me fait peur,
Va-t-en, va-t-en, je suis ta soeur.