À Lucette
G. Pierné
D'un grand mal j'ay l'âme dolente,
J'erre sans conseil ni dessein,
Bruslé par une fièvre lente
Qui faist la figue au médecin.
Las! d'amour la fine sagette
A navré mon cœur langoureux,
Ce cœur que seule, ô ma Lucette,
Tu peux guérir si tu le veux,
Ce cœur que seule, ô ma Lucette,
Tu peux guérir si tu le veux.
Et Frère Jean l'a dit au prosne:
Il n'est qu'un lâdre et qu'un payen,
Celuy qui refuse une aumosne,
Quand pitoyable est le prochaine.
Adonc, ouïs cette requeste
Et vers moi vire tes doux yeux...
Car tu me peux seule, ô Lucette,
Bailler l'aumosne que je veux,
Car tu me peux seule, ô Lucette,
Bailler l'aumosne que je veux!
Cet ennuy qui tant me chagrine,
Ce mal qui tant me fait souffrir,
Pris sur ta lèvre purpurine
Un baiser le scaurait guérir.
Ou de despit je perds la tête,
Ou plus qu'Anges je suys heureux.
Choisis et m'ouvre, ô ma Lucette,
Le Ciel, l'Enfer, ce que tu veux,
Choisis et m'ouvre, ô ma Lucette,
Le Ciel, l'Enfer, ce que tu veux.