Chanson de berger

G. Pierné

Ô Zéphirs dont l'aile légère

Agite à peine ces ormeaux,

Volez auprès de ma bergère,

Dites-lui l'ardeur de mes maux;

Et demandez à cette belle

Si mes voeux ont pu la toucher,

Si son coeur se montre rebelle

Où s'il m'est permis de l'aimer.

Et toi, qui descends des collines

Comme un serpent de diamante,

Source clair aux eaux cristallines,

Pourquoi couler si lentement?

Précipite ta course errante

Vers celle qui m'a su charmer,

Et que ton onde murmurante

Lui dise que j'ose l'aimer.

Mais non, source, reste muette,

Zéphirs, gardez-moi le secret.

Qui sait, hélas! Si la coquette

À mon fol amour répondrait;

Mieux vaut garder mon ignorance,

Puisqu'ainsi je puis m'abuser

Et me leurrer de l'espérance

Qu'un jour elle pourra m'aimer.