La rieuse
G. Pierné
Dans le petit cimetière autour de l'église,
frais, joli, tout fleuri de roses blanches
et tout doré de soleil, j'ai vu une jeune fille --
Ah! qu'elle êtait jeune! dix-sept ans? pas encore --
une jeune fille qui se tenait
près d'une tombe, et qui riait.
On ne saurait rien imaginer de plus gracieux
que cette enfant, toute fluette, toute mignonne,
avec ses cheveux blonds, un peu courts,
qui frisaient, et ses yeux ingénus
et sa bouche de petite églantine.
Mais ce qui me fâcha c'est qu'elle riait;
Ce n'est pas une chose convenable
de montrer de la joie près des fosses
où dorment les morts;
Mademoiselle, voux avez tort de rire.
Sans doute, vous n'avez pas connu celui
qui est couché sous cette pierre?
Comment? dit-elle, je ne l'ai pas connu?
Il était mon ami, mon fiancé!
Je n'avais de bonheur que le sien,
d'espérance que la sienne, et, quand il mourut,
je crus que j'allais mourir, mourir aussi!
Cependant, vous riez! Repris-je. Ah! dit-elle,
c'est que je m'en souviens. Vivant, sa seule joie
était de me voir contente, et si je pleurais
sur sa tombe, cela lui ferait,
j'en suis sûre, trop de peine!