Ophélia

G. Sandré

Sur un lit de sable, entre les roseaux,

Le flot nonchalant murmure une gamme

Et dans sa folie, étant toujours femme,

L'enfant se pencha sur les claires eaux.

Sur les claires eaux tandis qu'elle penche

Son pâle visage et le trouve beau,

Elle voit flotter au courant de l'eau

Une herbe marine, à fleur jaune et blanche.

Dans ses longs cheveux elle met la fleur,

Et dans sa folie, étant toujours femme,

À ce ruisseau clair, qui chante une gamme,

L'enfant mire encor sa fraîche pâleur.

Une fleur du ciel, une étoile blonde

Au front de la nuit tout à coup brilla,

Et, coquette aussi comme Ophélia,

Mirait sa pâleur au cristal de l'onde.

La folle aperçoit au milieu de l'eau

L'étoile reluire ainsi qu'une flamme,

Et dans sa folie, étant toujours femme,

Elle veut avoir ce bijou nouveau.

Elle étend la main pour cueillir l'étoile

Qui l'attire au loin par son reflet d'or,

Mais l'étoile fuit; elle avance encor:

Un soir, sur la rive on trouve son voile.

Sa tombe est au bord de ces claires eaux,

Où, la nuit, Stella vint mirer sa flamme,

Et le ruisseau clair, qui chante une gamme

Roule vers le fleuve entre les roseaux.