Les trois hussards
G. Spetz
C'étaient trois hussards de la garde
Qui s'en revenaient en congé:
Ils chantaient de façon gaillarde
Et marchaient d'un air dégagé.
« Je vais revoir celle que j'aime;
C'est Margoton, » dit le premier.
« C'est Madelon, » dit le deuxième,
« C'est Jeanneton, » dit le dernier.
Un homme était sur leur passage:
« Hé! C'est Jean, le sonneur, je crois.
Quoi de nouveau dans le village? »
« Tout va toujours comme autrefois. »
« Et Margoton, notre voisine? »
« J'ai sonné ses vœux l'an dernier,
Car elle est sœur Visitandine
Dans le couvent de Noirmoutier. »
« Et Madelon? toujours bien sage? »
« Oui dà! Pour elle j'ai sonné,
Voilà dix mois, son mariage,
Voilà dix jours, son premier né! »
« Et Jeanneton, » dit le troisième,
« Toujours heureuse? » « Ah! sûrement;
Trois mois passés aujourd'hui même,
J'ai sonné son enterrement. »
« Sonneur, si tu vois Marguerite
Dans le couvent de Noirmoutier,
Dis-lui que je la félicite
Et que je vais me marier. »
« Sonneur, si tu vois Madeleine
Dans la maison de son époux,
Dis-lui que je suis capitaine
Et que je fais la chasse aux loups. »
« Sonneur, quand tu verras ma mère,
Va la saluer chapeau bas;
Dis-lui que je suis à la guerre
Et que je ne reviendrai pas. »