La Nouvelle Valentine
Spontini, Gaspare
Sous le ciel doux et pur de la belle Italie,
Valentine, jadis, comme moi tu naquis,
Dans Paris, comme moi, tu vis des nœuds chéris
Brisés par la fureur d'une main ennemie.
Deux rejetons des lis à nos pieds abattus
Signalent nos destins! Comme toi malheureuse,
Je répète à mon tour ta plainte douloureuse:
«Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus.»
Avec moi s'embarquait la flatteuse espérance.
J'avais sans crainte aux flots confié mon destin
Et ma brillante vie à peine à son matin
Du jeune âge apportait l'heureuse imprévoyance.
Je rêvais tous les biens, hélas! que j'ai perdus.
Quel réveil a suivi cette trop courte ivresse!
Tout a fini pour moi! Je n'ai plus de jeunesse!
«Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus.»
Cessez d'offrir ma fille à ma tristesse amère.
Ah! D'un cœur maternel toujours j'entends ses cris,
Mais à travers mes pleurs si je vois son souris,
Veuve désespérée, à peine suis-je mère
Je te fuis! Élysée où pour lui je vécus,
Je te fuis! Et peut-être au milieu du silence,
Là, son ombre entendrait ce cri de ma souffrance:
«Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus.»
Mais si le Ciel touché des malheurs de la France
Avait sur notre amour épuisé sa rigueur,
S'il me rendait plus forte, hélas! que la douleur,
De ton sang s'il sauvait la dernière espérance,
Charles, si dans ton fils tes traits m'étaient rendus,
Pour lui parler de toi, pour l'aimer, pour l'instruire,
Résignée à mon sort, je n'oserais plus dire:
«Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus.»