Chanson

Guido Spinetti

Quand ce beau Printemps je vois,

J'aperçois

Rajeunir la terre et l'onde

Et me semble que le jour,

Et l'Amour,

Comme enfants naissent au monde.

Le jour qui plus beau se fait,

Nous refait

Plus belle et verte la terre,

Et Amour armé de traits

Et d'attraits,

Dans nos coeurs nous fait la guerre.

Il répand de toutes parts

Feux et dards

Et dompte sous sa puissance

Hommes, bestes et oiseaux,

Et les eaux

Lui rendent obeïssance.

Vénus avec son enfant

Triomphant,

Au haut de son coche assise,

Laisse ses cygnes voler

Parmi l'air

Pour aller voir son Anchise.

Quelque part que ses beaux yeux

Par les cieux

Tournent leurs lumières belles,

L'air qui se montre serein

Est tout plein

D'amoureuses étincelles.

Puis en descendant à bas

Sous ses pas

Croissent mille fleurs écloses;

Les beaux lis et les oeillets

Vermeillets

Y naissent entre les roses.

Je sens en ce mois si beau

Le flambeau

D'Amour qui m'échauffe l'âme,

Y voyant de tous côtés

Les beautés

Qu'il emprunte de ma Dame.

Quand je vois tant de couleurs

Et de fleurs

Qui émaillent un rivage,

Je pense voir le beau teint

Qui est peint

Si vermeil en son visage.

Quand je vois les grand rameaux

Des ormeaux

Qui sont lacés de lierre,

Je pense être pris és lacs

De ses bras,

Et que mon col elle serre.

Quand j'entends la douce voix

Par les bois

Du gai rossignol qui chante,

D'elle je pense jouir

Et ouïr

Sa douce voix qui m'enchante.

Quand Zéphyre mène un bruit

Qui se suit

Au travers d'une ramée,

Des propos il me souvient

Que me tient

La bouche de mon aimée.

Quand je vois en quelque endroit

Un pin droit,

Ou quelque arbre qui s'élève,

Je me laisse décevoir,

Pensant voir

Sa belle taille et sa grève.

Quand je vois dans un jardin,

Au matin,

S'éclore une fleur nouvelle,

J'accompare le bouton

Au teton

De son beau sein qui pommelle.

Quand le Soleil tout riant

D'Orient

Nous montre sa blonde tresse,

Il me semble que je voi

Près de moi

Lever ma belle maîtresse.

Quand je sens parmi les prés

Diaprés

Les fleurs dont la terre est pleine,

Lors je fais croire à mes sens

Que je sens

La douceur de son haleine.

Bref, je fais comparaison,

Par raison,

Du printemps et de m'amie;

Il donne aux fleurs la vigueur,

Et mon coeur

D'elle prend vigueur et vie.

Je voudrais au bruit de l'eau

D'un ruisseau,

Déplier ses tresses blondes,

Frisant en autant de noeuds

Ses cheveux.

Que je verrais friser d'ondes.

Je voudrois, pour la tenir,

Devenir

Dieu de ces forêts désertes,

La baisant autant de fois

Qu'en un bois

Il y a de feuilles vertes.

Hà! maîtresse, mon souci,

Viens ici,

Viens contempler la verdure!

Les fleurs de mon amitié

Ont pitié,

Et seule tu n'en as cure.

Au moins lève un peu tes yeux

Gracieux,

Et vois ces deux colombelles,

Qui font naturellement,

Doucement

L'amour du bec et des ailes.

Et nous, sous ombre d'honneur,

Le bonheur

Trahissons par une crainte:

Les oiseaux sont plus heureux

Amoureux,

Qui font l'amour sans contrainte.

Toutefois ne perdons pas

Nos ébats

Pour ces lois tant rigoureuses;

Mais, si tu m'en crois, vivons,

Et suivons

Les colombes amoureuses.

Pour effacer mon émoi,

Baise-moi,

Rebaise-moi, ma Déesse!

Ne laissons passer en vain

Si soudain

Les ans de notre jeunesse.