Larmes

Gustave Kéfer

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre,

Une larme tombe, puis une autre,

Toi, qui pleures-tu? Ton doux pays,

Tes parents lointains, ta fiancée.

Moi, mon existence dépensée

En vœux trahis.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.

Une larme tombe, puis une autre.

Semons dans la mer ces pâles fleurs.

À notre sanglot qui se lamente

Elle répondra par la tourmente

Des flots hurleurs.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.

Une larme tombe, puis une autre.

Le flux de la mer en est grossi

Et d'une salure plus épaisse,

Depuis si longtemps que notre espèce

Y pleure ainsi.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.

Une larme tombe, puis une autre.

Peut-être toi-même, ô triste mer,

Mer au goût de larme âcre et salée,

Es-tu de la terre inconsolée

Le pleur amer.