L'image divine

H. Büsser

Vos mains sont belles, mon enfant, vos mains sont belles,

Mais leur geste pensif ne s'est jamais penché

Pour saisir doucement par le bout de ses ailes

Le papillon qui vole à ta lampe, ô Psyché!

Ta bouche est fraîche, mon enfant, ta bouche est fraîche,

Et le sang qui la teint n'est pas encor celui

Qu'envenime à jamais la pointe de la flèche

Et qui porte partout le poison qu'il conduit.

Tes yeux, ô mon enfant, sont beaux en ton visage

Que l'aurore salue et qu'éveille le jour,

Et l'innocent orgueil de ton jeune courage

Sourit en ton regard qui n'a pas vu l'Amour.

Mais lorsque, sur ta lèvre ayant posé sa bouche,

Entre ses mains, dans l'ombre, il aura pris ta main,

Et que tu garderas, enivrée et farouche,

L'image dans tes yeux de ce passant divin,

Alors, si tu veux boire aux plus fraîches fontaines,

Ta soif n'y trouvera qu'une source de feu,

Parce que dans leurs eaux qu'échauffa son haleine

Se sera reflété le visage du Dieu.

Et tu t'éloigneras, silencieuse et grave,

Avec tes doigts ardents sur ton cœur enflammé,

Et le sol brûlera ton pied comme une lave

Et tu seras plus belle encor d'avoir aimé.