Chant d'amour

H. Chrétien

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,

Le doux frémissement des ailes du zéphire

 À travers les rameaux;

Ou l'onde qui murmure en caressant ces rives,

Ou le roucoulement des colombes plaintives

 Jouant aux bords des eaux;

Si, comme ce roseau qu'un souffle heureux anime,

Tes cordes exhalaient ce langage sublime,

 Divin secret des cieux,

Que, dans le pur séjour où l'esprit seul s'envole,

Les anges amoureux se parlent sans parole,

 Comme les yeux aux yeux;

Si de ta douce voix la flexible harmonie,

Caressant doucement une âme épanouie

 Au souffle de l'amour,

La berçait mollement sur de vagues images,

Comme le vent du ciel qui berce les nuages

 Dans la pourpre du jour:

Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille,

Ma voix murmurerait tout bas à son oreille

 Des soupirs, des accords

Aussi purs que l'extase où son regard me plonge,

Aussi doux que le son que nous apporte un songe

 Des ineffables bords.

Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière!

Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière

Le doux frémissement des ailes du zéphire

 Ma vie et ton amour:

Ton regard languissant est plus cher à mon âme

Que le premier rayon de la céleste flamme

 Aux yeux privés du jour.

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L'un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse,

L'autre sur son beau front retombe avec mollesse,

 Et le couvre à demi:

Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle

Courbe son cou d'albâtre, et ramène son aile

Sur son œil endormi.

Le doux gémissement de son sein qui respire

Se mêle au bruit plaintif de l'onde, qui soupire

 À flots harmonieux;

Et l'ombre de ses cils, que le zéphyr soulève,

Flotte légèrement comme l'ombre d'un rêve

 Qui passe sur ses yeux.

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Que ton sommeil est doux, ô vierge, ô ma colombe!

Comme d'un cours égal ton sein monte et retombe

 Avec un long soupir!

Deux vagues que blanchit le rayon de la lune,

D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une

 Murmurer ou mourir!