La Madone des champs

H. Chrétien

Toujours notre Madone

Est là, levant sa main,

Entre le ciel qui tonne

Et les blés du chemin:

Dans l'herbe haute assise,

Au salut des passants,

Elle n'a point d'église,

De cierges ni d'encens.

Sous le toit d'aubépines,

Qui lui sert de palais,

L'oiseau chante matines

Dans l'arbre pur et frais.

Les enfants du village

Sont ses anges élus,

Et les bruits du feuillage

Lui sonnent l'angélus!

Son regard sans colère

Parle au cœur repentant;

Son doux silence éclaire

L'aveugle qui l'entend;

Un pauvre l'a trouvée

Au fond du ravin creux;

Et Dieu l'a conservée

Aux autres malheureux!

Prenez pour confidente

Sa charité sans voix;

La voix la plus prudente

Nous trahit quelquefois:

Dans son chaste mystère,

A l'abri des regrets,

Au-dessus de la terre

Enfermez vos secrets!

Quand sur ses pieds de reine

J'ai mis mon front brûlant,

Je sens veine par veine

Couler un calme lent;

Filles de Notre-Dame,

Dormez sur ses genoux;

Pour élever votre âme,

Elle en sait plus que nous!