Le Calme
H. Chrétien
L'ombre paisible emplit la forêt solennelle;
Nous sommes seuls bien loin des humaines clameurs;
Une extase sans fin nous couvre de son aile,
Et nous n'entendons plus le monde et ses rumeurs.
Écoute, ô bien aimée! une flûte lointaine
Module doucement une plainte d'amour;
La brise apporte encor sa chanson incertaine
Qui tremble et survit seule aux derniers bruits du jour.
Vois, -- la lune là-bas, comme une jeune reine,
Traverse en souriant l'éther silencieux,
Et pour illuminer la nuit fraîche et sereine,
Les étoiles d'argent palpitent dans les cieux.
Ô la douceur d'aimer! ô le charme de vivre!
Ô rêve qui passait et que j'ai pu saisir!
Suave volupté qui m'apaise et m'enivre,
Et qui naît dans les yeux quand y meurt le désir!
Oh! reste, reste ainsi! N'est-ce pas qu'il te semble,
À cette heure où nos fronts s'inclinent apaisés,
Qu'une étreinte meilleure un moment nous rassemble
Pour un plus tendre hymen pour de plus lents baisers?
Tes bras sont mon collier mes bras sont ta ceinture;
Mon cœur bat sur ton sein chastement soulevé;
Entre ton cou sans tache et ton épaule pure
Est le nid tiède et blanc que ma lèvre a trouvé.
Dors, ô mon cher amour! Ferme tes grands yeux calmes,
Tes yeux lassés, tes yeux doux et reconnaissants...
La forêt sur ton front balancera ses palmes,
La terre exhalera son plus subtil encens..
Je ne dormirai pas: le sommeil à ta bouche
Mettra sa paix divine et sa sérénité,
Et je respirerai, me penchant sur ta couche,
Ton haleine, parfum de ta fleur de beauté.