Amours posthumes

H. Gilles de Fontenailles

Quand j'irai dormir sous les saules

Où, dans l'ombre, tu m'attendras,

J'enfermerai dans mes deux bras

Ta tête blonde et tes épaules.

Nous serons deux morts amoureux

Et nos baisers, parmi les herbes,

Feront croître des lis superbes

Melant leurs calices peureux.

Nos os frémiront d'allégresse,

La terre ayant brûlé nos chairs,

Et leurs embrassements plus chers

Nous fondront dans une caresse.

Leurs tronçons brisés se noueront

En des étreintes éperdues,

Et, sous les racines tordues,

De plus près ils s'enlaceront.

La ruine viendra tout entière,

La terre ayant brûlé nos os;

Et, comme les nids sans oiseaux,

Nous nous en irons en poussière.

Mais, de nos cendres, montera

L'ivresse aux langueurs infinies

D'être, enfin, de si près unies

Que le néant les confondra!