Romance à la lune

H. Jadin

Astre d'amour et de mélancolie

Toi qui plait tant aux amants malheureux,

Par tes rayons, que la plaine embellie,

D'un nouveau jour brille encore à mes yeux.

Je n'ose au Soleil faire entendre

Ni mes plaintes, ni ma douleur,

Mais ton éclat paisible et tendre

Est le jour qui convient au cœur.

Il est détruit le repos de ma vie,

Un seul instant me condamne aux soupirs,

Je veux en vain mon âme ravie

Bannir l'espoir, la crainte, les désirs,

En vain j'ai cru dans le bocage,

D'amour pouvoir braver la loi

Son souvenir et son image

Arrivent partout avec moi.

Oui, dans ces lieux, moins timide et plus tendre,

J'ose en secret l'adorer, le chanter,

J'aime et le dis, lorqu'il ne peut m'entendre!

Puisse l'Écho ne pas le répéter.

En vain j'ai recours à l'absence

Et j'éprouve bien en ce jour,

Qu'en rassurant mon innocence

Elle augmente encor mon amour.

Un pas léger vient d'agiter l'ombrage,

De ce séjour qui peut troubler la paix?

Si c'était lui... fuyons de ce bocage,

Protégez-moi, Nymphes de ces forêts.

Ô nuit répans sur moi ton ombre,

Ce séjour est trop dangereux;

Couvre moi de ton voile sombre

Sans le dérober à mes yeux.

Ce n'est pas lui, c'est la vive fauvette

Dont les baisers agitaient les rameaux.

Ah! modérez votre ardeur indiscrette,

Séparez-vous, trop amoureux oiseaux,

Dans les transports de vos tendresses

Vous m'apprenez votre bonheur,

Et par le bruit de vos caresses

Malgré-moi vous troublez mon cœur.

Et vous; ruisseaux qu'un doux penchant entraîne

Quand vous cédez, de quoi murmurez-vous?

Quelles seraient vos plaintes, votre peine,

S'il vous fallait résister comme nous!

Si, s'opposant à la nature,

Il fallait arrêter le cours

De votre onde rapide et pure;

Tel est le sort de mes amours.