Rêve d'une femme

H. Milsen

Veux-tu recommencer la vie,

Femme, dont le front va pâlir?

Veux-tu l'enfance, encor suivie

D'anges enfants pour l'embellir?

Veux-tu les baisers de ta mère

Échauffant tes jours au berceau?

— « Quoi? mon doux Éden éphémère?

Oh! oui, mon Dieu! c'était si beau! »

Sous la paternelle puissance

Veux-tu reprendre un calme essor,

Et dans des parfums d'innocence

Laisser épanouir ton sort?

Veux-tu remonter le bel âge,

L'aile au vent comme un jeune oiseau?

— « Pourvu qu'il dure davantage,

Oh! oui, mon Dieu! c'était si beau! »

Veux-tu rapprendre l'ignorance

Dans un livre à peine entr'ouvert?

Veux-tu ta plus vierge espérance,

Oublieuse aussi de l'hiver?

Tes frais chemins et tes colombes

Les veux-tu jeunes comme toi?

— « Si mes chemins n'ont plus de tombes,

Oh! oui, mon Dieu! rendez-les moi! »

Reprends-donc de ta destinée

L'encens, la musique, les fleurs!

Et reviens, d'année en année,

Au temps qui change tout en pleurs;

Va retrouver l'amour, le même!

Lampe orageuse, allume-toi!

— « Retourner au monde où l'on aime?...

O mon Sauveur! éteignez-moi! »