La Fée aux chansons

Hermann Bemberg

Il était une fée,

D'herbes folles coiffée

Qui courait les buissons,

Sans s'y laisser surprendre,

En Avril, pour apprendre

Aux oiseaux leurs chansons.

Lorsque geais et linottes

Faisaient des fausses notes

En récitant leurs chants.

La Fée, avec constance,

Gourmandait d'importance

Ces élèves méchants.

Sa petite main nue,

D'un brin d'herbe menue

Cueilli dans les halliers,

Pour stimuler leurs zèles,

Fouettait sur leurs ailes

Ces mauvais écoliers.

Par un matin d'automne,

Elle vient et s'étonne,

De voir les bois déserts.

Avec les hirondelles,

Ses amis infidèles

Avaient fui par les airs.

Et, tout l'hiver, la fée,

D'herbe morte coiffée,

Et comptant les instants,

Sous les forêts immenses

Compose des romances

Pour le prochain printemps.