Si j'étais petit oiseau

Hippolyte Monpou

Moi qui, même auprès des belles,

voudrais vivre en passager,

que je porte envie aux ailes

de l'oiseau vif et léger!

Combien d'espace il visite!

à voltiger tout l'invite:

l'air est doux, le ciel est beau.

Je volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.

C'est alors que Philomèle

m'enseignant ses plus doux sons,

j'irais de la pastourelle

accompagner les chansons.

Puis j'irais charmer l'ermite

qui, sans vendre l'eau bénite,

donne aux pauvres son manteau.

Je volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.

Puis j'irais dans le bocage,

où des buveurs en gaîté,

attendris par mon ramage,

ne boiraient qu'à la beauté.

Puis ma chanson favorite

aux guerriers qu'on déshérite

ferait chérir le hameau.

Je volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.

Puis j'irais sur les tourelles

où sont de pauvres captifs,

en leur cachant bien mes ailes,

former des accords plaintifs.

L'un sourit à ma visite;

l'autre rêve, dans son gîte,

aux champs où fut son berceau.

Je volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.

Puis, voulant rendre sensible

un roi qui fuirait l'ennui,

sur un olivier paisible

j'irais chanter près de lui.

Puis j'irais jusqu'où s'abrite

quelque famille proscrite,

porter de l'arbre un rameau.

Je volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.

Puis, jusques où naît l'aurore,

vous, méchants, je vous fuirais,

à moins que l'amour encore

ne me surprît dans ses rets.

Que, sur un sein qu'il agite,

ce chasseur que nul n'évite

me dresse un piège nouveau,

j'y volerais vite, vite, vite,

si j'étais petit oiseau.