Chanson de juin

I. Fuerison

Voici juin. Le moineau raille

Dans les champs les amoureux;

Le rossignol de muraille

Chante dans son nid pierreux.

Les herbes et les branchages,

Pleins de soupirs et d'abois,

Font de charmants rabâchages

Dans la profondeur des bois.

La grive et la tourterelle

Prolongent, dans les nids sourds,

La ravissante querelle

Des baisers et des amours.

Sous les treilles de la plaine,

Dans l'antre où verdit l'osier,

Virgile enivre Silène,

Et Rabelais Grandgousier.

Ô Virgile, verse à boire!

Verse à boire, ô Rabelais!

La forêt est une gloire;

La caverne est un palais!

Il n'est pas de lac ni d'île

Qui ne nous prenne au gluau,

Qui n'improvise une idylle,

Ou qui ne chante un duo.