Le jour et l'ombre

I. Fuerison

Ce beau jour n'est plus rien que son ombre odorante,

La lumière est éteinte et le vent disparu;

Le parfum ténébreux de l'arbre et de la plante

A remplacé pour nous la forme qu'ils n'ont plus.

La forêt incertaine est à peine un murmure

Où la feuille invisible à la feuille s'unit,

Et le fleuve n'est plus qu'une fraîcheur obscure

Qu'aspire en soupirant l'haleine de la nuit.

Il semble que le temps et l'ombre et le silence

Ordonnent de mourir et de fermer les yeux,

Car si le jour renaît, revient et recommence,

Aura-t-il la beauté de ce jour radieux?

Aura-t-il cette aurore, et ce clair crépuscule,

Et ce midi de flamme où l'Amour triomphant

Pose aux lèvres en feu sa lèvre qui les brûle?

Et son soir sera-t-il sonore et transparent?

Et du fleuve, de la forêt et de la plante,

De tout ce qui fut lui, refera-t-il demain

Ce ténébreux parfum et cette ombre odorante

Où persiste embaumé son souvenir divin?