Les berceuses

I. Fuerison

Voulez-vous me donner mon grand châle?.... J'ai froid.

Les hivers, à présent, sont plus longs qu'autrefois.

II semble que les mois se hâtent vers décembre.

Les meubles sont plus gris et plus nus dans les chambres.

On dirait epic leur vie est éteinte. Ils n'ont plus

Leurs accueils de jadis.... Mais je n'ai pas voulu

Voir des objets nouveaux troubler ma quiétude:

Je n'aurais plus le temps d'en prendre l'habitude..,

Je suis seule. Il fait froid. Mes enfants sont partis.

J'écoute tomber l'ombre en berçant les pelits.

Dans la maison qui dort, je prends des airs d'aïeule.

Chaque nouveau venu me.fait un peu plus seule....

— Ce qui naît, c'est, toujours un peu de nous qui meurt! —

Les bercés, peu à peu, deviennent les berceurs,

Et ce soir, dans la nuit qui descend de? rideaux,

Je me sens m'endormir au rythme des berceaux.