Les litanies d'amour

I. Fuerison

Je lui disais souvent vous êtes ma Madone

Et mon âme est un lis d'argent que je vous donne.

J'ai pleuré mes péchés comme font les pécheurs

Et je suis maintenant digne de vos blancheurs.

J'ai le ferme propos, le propos salutaire

De ne plus retomber en péché volontaire.

Je ne veux plus aimer d'autre vierge que vous

Et suis l'enfant de chœur qui vous sert à genoux,

Je suis l'enfant de choeur qui passe, qui s'incline

Sous votre souvenir vêtu de mousseline.

Quelquefois je vous donne, et cela m'est charmant,

Des noms de litanie avec recueillement.

Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes

De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes.

Et j'enluminerai selon le rituel

Un poème d'amour qui nous soit un missel,

Un missel où, parmi de longues banderoles,

Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,

Où vous verrez sous l'or fluide des ciels fins,

Mes aveux prosternés comme des séraphins,

Où je vous vêtirai d'une robe de moire

Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire,

Et qu'à vous voir si belle entre des rameaux verts

Sur le mystique autel qu'auront bâti mes vers

D'autres hommes plus tard, ô ma vierge ingénue,

Vous aiment comme moi, sans vous avoir connue.