L'ennemie

I. Paderewski

Ô toi ma vie, ô toi mes cieux,

Je hais ton front, je hais ta lèvre

Et tes yeux qui donnent la fièvre

Comme des lacs pernicieux.

Je maudis mon âme asservie

Dans tes profonds cheveux de jais,

Et, tout entière, je te hais,

Ô toi mes cieux, ô toi ma vie!

Mais non, je mens, tu le sais bien;

Mon être a dans toi ses racines.

Et vainement tu l'assassines

Et tu le damnes, il est tien.

J'aime ton front, tes yeaux, ta joue

Ô mon enfer, ô mon trépas,

Et tes cheveux qui ne sont pas

De ces liens qu l'on dénoue.

Le mal m'est doux, le joug m'est cher,

Et jusqu'au jour du cimetière

Je t'adorerai tout entière,

Ô mon trépas, ô mon enfer!