Viduite

I. Paderewski

Je suis pareil à ce nid d'hirondelle

Qui resta vide au retour des hivers;

Sous les grands toits que la neige a couverts

Plus de baisers, de chants, ni de bruits d'aile.

Je suis pareil à cette citadelle

Abandonnée après de long revers,

Murs dégradés, par la mitraille ouverts,

Et que le temps à son tour démantèle.

Mais, le nid veuf, la brise le ravit;

Le mur s'écroule enfin, la place forte

Est un rocher que le passant gravit;

Moi seul j'attends un souffle qui m'emporte:

Depuis longtemps déjà mon âme est morte,

Et mon cadavre obstiné me survit!