Tristesse

Isaac Albéniz

Jean, lui, tous les jours flânait et songeait,

avec une vague tristesse,

visible pour la première fois

dans ses yeux perdus par instants

et dans son allure un peu ralentie.

Dans le jardin à l'abandon,

envahi par la poussée des chrysanthèmes

et des asters d'automne,

il demeurait enfermé, des heures,

entre les murs peuplés de lézards,

tandis que les oranges jaunissaient au soleil d'octobre.

Avec l'été allait finir son enfance;

avec la splendeur de ce soleil,

déjà déclinant et mélancolique,

allait s'enfuir son passé d'insouciance heureuse;

et il sentait cela douloureusement,

avec une impression inconnue de regret et d'effroi.