Les lilas blancs

J. Arnaud

Au bal ce soir, qu'elle était belle!

Chacun l'admirait tour-à-tour,

Et tous les yeux, fixés vers elle,

La contemplaient avec amour!

C'était bonheur pour moi, d'entendre

Dire son nom de tout côté,

Vanter son air modeste et tendre,

Son élégance, sa beauté!

Et pour parure une humble fleur

Reposait seule sur son cœur!

Le cœur ému, triste et timide,

Je m'approchai pour lui parler;

Je vis pâlir son front candide,

Et je sentis sa main trembler.

Est-ce un erreur, une folie,

Je crus surprendre, ô doux instant!

Tout en pressant son humble fleur,

Son doux regard prenait mon cœur!

Rempli de crainte et de tristesse,

D´jà le bal allait finir,

J'implorai d'elle en mon ivresse

Un mot d'espoir, un souvenir!

En me quittant, sa main charmante

M'abandonna son frais lilas,

Puis elle dit toute tremblante:

Un jour ne m'oublierez-vous pas?

Ah! pour toujours, son humble fleur

Reposera là, sur mon cœur!