Comme l’aigle fond d’en haut

J. Chardavoine

Comme l'aigle fond d'enhaut,

Ouvrant l'espes de la nue,

Sur l'aspic qui lesche au chaut

Sa jeunesse revenue;

Ainsi le Cigne volloit

Contre-bas tant qu'il arrive

Dessus l'estang où souloit

Jouer Lede sur la rive.

Quand le ciel eut allumé

Le beau jour par les compagnes,

Elle au bord accoutumé

Mena jouer ses compagnes

Et studieuse des fleurs

En sa main un pannier porte,

Peint de diverse couleurs

Et peint de diverse sorte.

D'un bout du pannier s'ouvroit

Entre cent nues dorées

Une aurore qui couvroit

Le ciel de fleurs colorées:

Ses cheveux vagoyent errans

Soufflés du vent des narines

Des prochains chevaux tirans

Le soleil des eaux Marines.

Comme au ciel il fait son tour

Par sa voye courbe et tort,

Il tourne tout a l'entour

De l'anse en semblable sorte,

Les nerfs l'enflent aux chevaux

Et leur puissance indontée

Se lasse sous les travaux

De la penible montée.

La mer est peinte plus bas,

L'eau ride si bien sur elle

Qu'un pescheur ne nieroit pas

Qu'elle ne fut naturelle,

Ce soleil tombant au soir

Dedens l'onde voysine entre

A chef bas se laissant choir

Jusques au fond de ce grand ventre.

Sur le sourcy d'un Rocher

Un pasteur le loup regarde,

Qui se haste d'approcher,

Du couard peuple qu'il garde:

Mais de cela ne luy chaut,

Tant un limas luy agrée

Qui lantement monte en haut

D'un lys, au bas de la prée.

Un satyre tout follet

Larron, en folatrant tyre,

Le panetiere et le lait

D'un autre follet satyre:

L'un tour aprez tout hireux,

L'autre deffend sa despouille,

Le lait se verse sur eux

Qui sein, et menton, leur souille.